GIRAFE N°49 Janvier 2019


A la une... Ensemble continuons à  changer le regard sur les addictions

L'ensemble des salariés et bénévoles de l'ANPAA en Hauts de France vous présentent leurs meilleurs voeux pour l'année 2019 !

Découvrez notre carte de voeux animée...

Journée de sensibilisation ANPAA : les retours en région

La mobilisation aux journées de sensibilisation « alcool et grossesse » montre tout l’intérêt que les professionnels ont pour la prévention, le repérage et l’accompagnement des questions liées à l’alcoolisation fœtale. Entre octobre et décembre dernier, une journée d’information et d’échanges a été organisée à Saint Quentin, Compiègne, Lille et St Venant. Au démarrage de chaque journée, nous avons fait le point avec les participants des réalités, des difficultés mais aussi des ressources qu’ils rencontraient sur ce sujet... Zoom sur ce qu’ils nous en ont dit !

La consommation d’alcool pendant la grossesse reste un sujet difficile à aborder tant du côté des femmes que du côté des professionnels. Le sujet est encore perçu comme tabou ! Les professionnels disent les difficultés des femmes à parler des consommations d’alcool pendant la grossesse même si celles-ci sont occasionnelles. Les patientes parlent volontiers de la consommation de tabac, voire de cannabis... elles posent alors des questions, souhaitent avoir des informations. Mais concernant l’alcool, les femmes affirment encore souvent ne pas consommer d’alcool du tout, et cela même avant la grossesse.

Parfois les professionnels de la périnatalité regrettent le silence des femmes enceintes sur leur consommation... mais disent aussi que lorsqu’une femme enceinte aborde sa consommation, ils sont tellement étonnés qu’ils ne savent pas toujours comment poursuivre l’entretien. Ils sont alors en difficulté pour répondre à des questions comme « j’ai bu un peu avant de savoir que j’étais enceinte », « Et si je consomme une fois de temps en temps ? », « Et comment aire quand l’entourage ne comprend pas »...Ils ont certes les connaissances médicales sur les risques liés à l’alcoolisation fœtale, mais ne savent pas comment en parler avec les patientes, ouvrir le dialogue sur le sujet, sans moraliser, ni culpabiliser. Ils sont en recherche de repères sur leur posture et d’outils concrets.

A télécharger...
  SensibAlcool&Grossesse2018.pdf [.PDF - 384.78 Ko]

Tout compte fait, les professionnels de la périnatalité et de la petite enfance repèrent peu de situations problématiques tant du côté des femmes que des enfants ayant des séquelles d’une alcoolisation fœtale. Ils ont parfois le sentiment de « passer à côté », en particulier par rapport à des alcoolisations ponctuelles importantes chez les jeunes filles/femmes. Les professionnels évoquent également leurs difficultés à prendre en charge les patientes qui arrivent très alcoolisées à la maternité ou celles présentant des conduites addictives repérées dès le démarrage du suivi. Très vite, se posent alors les questions « comment réagir ? » ; « comment et vers qui orienter ? ». Les services d’addictologie ne sont pas toujours repérés et/ou les partenariats sont alors ponctuels. Sur certains territoires, des réunions de staff, la présence d’une sage-femme référente « addictions » ou encore la création de groupes de travail sur ce sujet permettent par contre de partager les expériences, d’envisager des relais de manière plus facile. Quand les liens construits dans la durée n’existent pas, les équipes de maternité et de PMI se sentent parfois dépassées, en particulier, quand la patiente est dans un déni de sa consommation ou quand la grossesse n’est pas suivie. Cette question devient particulièrement sensible lorsqu’il s’agit d’évaluer les compétences de la mère ou des jeunes parents à s’occuper de leur enfant. La problématique de protection de l’enfance et de risque devient alors une priorité de service et peut entacher la relation de confiance établie entre les parents et le professionnel.

Ces journées favorisent les échanges entre professionnels, en l’espace de quelques heures, les participants discutent de leurs pratiques, partagent sur les fonctionnements de leurs structures, débattent autour des connaissances apportées en addictologie, de leur légitimité à aborder la consommation d’alcool durant la grossesse. L’objectif de ces journées de sensibilisation est d’apporter aux professionnels des clés permettant d’être plus à l’aise avec la question des consommations d’alcool durant la grossesse, de renforcer leur compétences à entrer en relation sur cette question, d’informer de manière systématique sur les risques et les conséquences. Ces journées sont une première étape. Pour ceux qui souhaitent aller plus loin sur le sujet, des formations plus longues sont proposées chaque année sur les territoires de la région. Contactez l'un de nos chargés de prévention

Genres & Vulnérabilités

Inégalités sociales de santé liées au genre

Dans le rapport « La santé et l’accès aux soins : une urgence pour les femmes en situation de précarité » paru en mai 2017 que nous avions présenté dans GIRAFE, le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (CHE) avait alerté sur la situation alarmante des femmes dont la santé se dégrade faute d’un accès aux soins et à la prévention. Ainsi Geneviève COURAUD, membre du CHE, interviewée par Santé Publique France (SPF), mentionne dans un entretien paru septembre, que les conditions de vie et de travail des femmes sont des facteurs aggravants de leur état de santé et influent sur leur accessibilité au dispositif de dépistage et soin. Ainsi le HCE recommande que « la santé des femmes devienne un vrai sujet de recherche scientifique et que des données sexuées en matière de santé au travail soient recueillies et publiées, que les dispositifs d’aide financiers soient simplifiés en termes d’octroi et enfin que les critères de la pénibilité, élaborés selon les métiers occupés par les hommes, prennent en compte les caractéristiques du travail féminin notamment dans les activités de services comme dans la grande distribution, le nettoyage, le travail temporaire et le soin ». Le HCE propose que pour permettre une meilleure prise en compte et visibilité de la question de genre dans les politiques publiques de lutte contre les inégalités, la « construction de « budgets genrés » faciliterait l'identification de l’argent public investi pour les femmes ». La santé en action, n°445, septembre 2018 - pp.41-42

Femmes & Conduites addictives...

Evolutions de la morbidité et de la mortalité liées au tabagisme chez les femmes : situation préoccupante

Cet article, publié en amont de la troisième édition de Mois sans tabac, décrit l’impact, en France métropolitaine, du tabagisme féminin sur trois pathologies ces vingt dernières années. Ainsi chez les femmes, l’incidence du cancer du poumon a augmenté de 72% entre 2002 et 2012, l’incidence pour bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) a doublé entre 2002 et 2015 et celle pour l’infarctus du myocarde a augmenté de 50% entre 2005 et 2015. La mortalité féminine par cancer du poumon a augmenté de 71% et par BPCO de 3%. Le nombre de décès liés au tabagisme féminin a été multiplié par deux entre 2000 et 2014. Les auteurs s’attachent à apporter des éléments comparatifs avec la population masculine et par classes d’âge. Malgré la mise en place d’actions de réglementation et de prévention efficaces ces deux dernières décennies, les auteurs préconisent de développer des actions d’incitation au sevrage spécifiquement pour les femmes. Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, n°35-36, 30 octobre 2018, pp.683-694

Périnatalité & Conduites addictives...

Evolution de la consommation de tabac à l’occasion d’une grossesse en France

Cet article, également publié à l’occasion de la 3ème édition de Mois sans tabac, rend compte des « caractéristiques associées à une réduction et à un arrêt de la consommation de tabac des femmes enceintes ». L’étude a été réalisée selon un échantillon composé de 12399 femmes dans le cadre de l’Enquête Nationale Périnatale (ENP) de 2016 lors d’un entretien de face à face. L’âge, le pays de naissance, la parité, le niveau d’études, l’activité professionnelle en fin de grossesse, le revenu mensuel, l’indice individuel de précarité sociale, la réaction à la découverte de la grossesse ainsi que la consommation de cannabis pendant la grossesse sont autant de facteurs qui ont été pris en compte dans l’analyse des résultats. Il en ressort que le « contexte sociodémographique, la quantité de cigarettes fumées avant grossesse et la région apparaissent comme des éléments importants à prendre en compte pour identifier les femmes les plus à risques de continuer à fumer durant la grossesse ». Quatre profils ont été identifiés : les femmes enceintes non-fumeuses, celles qui ont arrêté au cours de la grossesse, celles qui ont continué de fumer et/ou réduit leur consommation pendant la grossesse et les femmes fumeuses qui ont réduit faiblement et/ou qui n’ont pas modifié ou augmenté leur consommation de tabac. Selon ces profils, l’analyse des résultats rend compte que :

  • « Chez les femmes ayant arrêté leur consommation de tabac, celles-ci avaient une consommation quotidienne plus faible avant la grossesse ;
  • Pour les femmes ayant réduit leur consommation, le nombre de cigarettes fumées par jour était diminué en moyenne de 62.2 % ;
  • Les femmes qui continuaient de fumer au 3ème trimestre avaient des consommation de cannabis plus élevée durant la grossesse ;
  • Les femmes multipares ou ayant un niveau d’études ou de revenus faibles avaient un risque plus élevé de réduire leur consommation que de l’arrêter ;
  • Les femmes qui réduisaient peu leur consommation avaient entre 30 et 35 ans, étaient femmes au foyer ou étudiantes ou encore ne souhaitaient pas être enceintes ;
  • Les femmes originaires des Hauts-de-France ont des taux d’arrêt et de réduction plus faibles, en plus d’avoir une prévalence du tabagisme avant la grossesse relativement élevée. »

L’étude qui s’est intéressée également à l’attention portée sur le tabagisme maternel par le médecin ayant assuré le suivi de grossesse révèle que « 80% des femmes ont déclaré avoir été interrogées par celui-ci sur leur consommation de tabac et que 49% des fumeuses ont reçu des conseils pour arrêter ».

Les usages de tabac des femmes enceintes ainsi décrits permettent aux professionnels d’identifier des freins et des leviers tant en termes de repérage et d’accompagnement qu’en termes de prévention. Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, n°35-36, 30 octobre 2018, pp.694-703

Enquête sur les consommations d’alcool et de tabac pendant la grossesse en Suisse

Le système de surveillance suisse « Le Monitorage » a publié en septembre 2018 deux fiches d’information sur les consommations d’alcool et de tabac pendant la grossesse. Ces données représentatives de la population résidente en Suisse ont été collectées entre 2011 et 2016. Il en ressort qu’ « environ 18% des femmes enceintes ou allaitantes déclarent consommer de l’alcool au moins une fois par semaine et qu’environ 6% déclarent s’adonner à une consommation d’alcool ponctuelle à risque. Concernant la consommation de tabac pendant la grossesse, 43% des femmes fumeuses continuent à fumer après avoir su être enceinte et 96% modifient leur comportement (arrêt ou baisse de la consommation) en apprenant leur grossesse ». L’Office Fédéral de la Santé Publique (OFSP) précise que les femmes interrogées sur leur consommation d’alcool savaient qu’elles étaient enceintes et que « celles-ci ont modulé vraisemblablement leurs réponses en fonction des attentes sociales ». Et que les femmes enceintes au moment de l’enquête ont admis moins fumer que celles enceintes les cinq dernières années, « probablement du fait de la pression sociale ». Fiche d'information : Consommation d'alcool pendant la grossesse en Suisse, sept. 2018. 2p. & Le tabagisme pendant la grossesse en Suisse, sept. 2018. 2p.

Améliorer vos compétences...

Addictions, périnatalité et petite enfance

Proposée par l'ANPAA en Hauts de France, grâce au soutien financier de l'ARS, cette session de formation a pour objectifs d'identifier les représentations et idées reçues associées à la consommation de substances psychoactives pendant la grossesse, de connaître les effets d'une consommation de substances psychoactives sur le déroulement de la grossesse et de l'enfant à naître, d'acquérir des repères pour aborder plus facilement la question des consommations à risque et accompagner les femmes enceintes et les jeunes parents. Les 21 et 22 mars et le 25 avril 2019 à Douai. Plus d'informations

L’enfant pris dans les familles chaotiques et le travail en réseau

Proposée par l’ASBL ForMédiation cette formation a pour objectifs d’aborder le vécu de l’enfant dans des contextes familiaux « chaotiques » (parents notamment aux prises avec des assuétudes, de la violence conjugale, etc.), les stratégies possibles d’intervention avec les familles, le travail en réseau dans ces situations complexes et le travail de soutien à la parentalité. Le 29 avril 2019 à Wavre (B.) Inscription en ligne